Mardi 29 juillet 2008
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Publié dans : savons
Je lui ai donné ce nom car la rose des vents rassemble les points cardinaux, or dans mon premier savon, je voulais symboliquement réunir mes
sources d'inspiration nord, sud, est, ouest…
Le nom de ce savon vise aussi à apporter une touche de poésie au récit de ma première soirée savonnesque un tantinet grand-guignolesque.
Après voir assisté, fort admirative pour la précision des gestes, à un atelier
savon chez Michèle il y a plus de deux mois, j'ai décidé qu'il était temps de me lancer. Devant les réalisations virtuoses des unes et des autres, j'ai choisi pour débuter une formule relativement
simple, en tout cas au plan manuel, avec un nombre limité d'ingrédients à ajouter à la trace.
La soude
Bon, rien à en dire, il en faut … J'en ai trouvé bêtement chez un Mr Bricolage à côté de chez moi, après avoir pas mal cherché ailleurs…
Le liquide pour la dissoudre
Clin d'œil à quelqu'un de cher à mon cœur, je voulais utiliser du vin. J'ai d'abord pensé au vin rouge, pour sa couleur liée à sa richesse en anthocyanes; après avoir lu des
liens trouvés par Michèle puis découvert
que la caractéristique desdits anthocyanes était de virer de ton en milieu basique, je me suis
rabattue sur le vin blanc.
En faisant des recherches sur les pigments, j'ai découvert que le curcuma (par ailleurs excellent anti inflammatoire) restait dans les jaunes avec la soude (voir ici par exemple). J'ai
donc fait un premier essai de macération de curcuma dans du vin blanc réduit. La couleur me paraissant intéressante, j'ai gardé la
procédure.
La veille de ma folle nuit savons, j'ai réduit de plus de moitié 250g de vin blanc jusqu'à 100g. Ce que j'avais sous la main était un Bergerac, cépages Sauvignon-Sémillon (non, pas un Chablis,
Michèle, on finit les bouteilles dans ce cas). Je l'ai fait flamber, puis se concentrer avant de rajouter une demi cuillérée à café de poudre de curcuma bio. J'ai laissé frémir quelques minutes
avant d'éteindre. J'ai filtré le liquide refroidi et l'ai transformé en glaçons, me méfiant des réactions de la soude sur du vin, après avoir lu des expériences menées avec de la bière. J'ai complété (plus de
la moitié) avec de l'eau déminéralisée. J'ai choisi une quantité très raisonnable de liquide, en appliquant sagement à la quantité de soude le coefficient multipicateur de 2,8.
Le choix des huiles
Avant de rencontrer Michèle, Hooly a été la première personne que j'ai connue faisant ses savons et dont j'ai pu apprécier les réalisations. J'ai donc décidé de reprendre l'une de ses formules (venue de Codina) simple et
équilibrée, avec des matières grasses solides: coco-karité-olive. J'ai juste converti toutes les données en g et n'ai pas ajouté, comme elle l'indique, l'huile d'olive à la trace, mais
prudemment au début. La recette renferme beaucoup de karité, ce qui m'arrangeait bien, je cherchais à rendre un hommage appuyé à Michèle… (voir l'un de ses savons ébouriffants réalisés avec du
karité ici)
A la trace
J'ai décidé de rajouter encore un peu de curcuma (un quart de cuillérée à café) que j'ai dilué dans un peu de pâte à savon juste avant de l'introduire à la trace Outre ses origines
indiennes, le curcuma est dans mon esprit lié aux discusssions que j'ai pu avoir avec Bluetansy sur les épices les plus bénéfiques pour la santé. C'est également un coucou amical à Chabou la
veinarde qui part bientôt en Inde.
Le parfum
J'avais mis en route une macération de vanille dans du tournesol bio avec plein d'anti- oxydant avant mon départ en Grèce. Pourquoi le tournesol? Parce que s'il est bien protégé du rancissement, je
trouve le résultat olfactivement intéressant. Pour limiter les manip et donner du fond au mélange, j'ai rajouté deux jours avant à ma macération des huiles essentielles à hauteur de 1% du total des
ingrédients.
J'ai choisi, toutes bio:
-HE ylang ylang: 6g. C'est une odeur capiteuse et puissante, qui tient bien et que j'ai l'habitude d'utiliser en mélanges dans mes préparations cosmétiques.
-HE curcuma frais: 3g pour nourrir
l'option curcuma (j'avais acheté cette HE pour son parfum, mais jusque là, je n'en avais rien fait… )
-HE poivre noir: 1g pour asseoir le mélange et obtenir une note chaude …
Ce qui donne un parfum un peu tropical, à dominante ylang… Même si ce sont d'autres Tropiques que ceux de Malégria, de Catherine,… ou de Mlk, j'ai notamment pensé à elles en mettant au point
ce cocktail.
La nuit savonnesque
Il n'y avait plus qu'à… j'ai attendu jusqu'à la fin du week end, tard dans la soirée…
Vers onze heures du soir, j'ai tout viré et tapissé le coin évier et le plan de travail de papier journal. Tout viré, enfin presque sauf des flacons propres et vides et un bol empli de mini tomates
fraiches qui me paraissaient loin du terrain de jeu…
J'ai enfilé une chemise à manches longues, mon pantalon de survet' de yoga, des chaussettes, des gants… plus un petit masque de chirurgien et mon masque de plongée posé très serré par dessus mes
lunettes…Il faisait une chaleur quasi tropicale sur Paris ce soir là… Les huiles et beurres ont fondu tranquillement au bain marie, (moi aussi d'ailleurs, sans bain marie), je les ai
transvasées dans un récipient à bec en plastique, préparé les moules en silicone sur un plateau tapissé de papier et de plastique.
J'ai mélangé les glaçons de vin à l'eau dans un verre doseur en pyrex.
Il n'y avait plus qu'à s'occuper de la soude. J'ai mis bien 5 mn à réussir à ouvrir le flacon, n'ayant pas vu qu'il y avait une simple languette à faire sauter, j'avais commencé à attaquer le
bouchon au couteau pointu…puis j'ai pesé. J'ai dépassé de 3g la dose prévue… Avec du recul, je pense que le port d'un masque de plongée à onze heures du soir dans une cuisine surchauffée a tendance
à ralentir les capacités cérébrales… J'ai d'abord cherché à reverser le surplus dans le flacon de soude… cling cling… un bruit cristallin minuscule m'a fait comprendre que malgré la présence d'un
bec verseur sur le récipient destiné à la soude, quelques grains légers s'étaient échappé sur le plan de travail, hors du papier journal et peut être bien sur mon bol de tomates que j'ai donc dû
sacrifier la mort dans l'âme, par sécurité… Je sais désormais que "rien sur un plan de travail" signifie "rien sur un plan de travail", fût-il très vaste…
En revanche, la présence inespérée d'un flacon vide et propre m'a permis d'y enfermer ces 3g embarrassants. Ils y sont toujours.
Je suis retournée près de l'évier, empli théoriquement d'eau froide et de glaçons (le temps que je règle la question de la soude récalcitrante, tout avait fondu puis disparu… ) et j'ai versé
la soude sur le liquide. Une magnifique teinte rouge flamboyante est apparue… 50° au thermomètre… l'autre bac encore plein d'eau froide vinaigrée m'a permis de faire descendre la température du
liquide à 40°… température également affichée par les huiles.
Je me suis sentie l'âme d'une alchimiste et j'ai procédé au mélange de solution de soude et de matières grasses.Touillant trente secondes à la spatule, j'ai constaté que ça allait prendre très
vite. J'ai plongé un (très vieux) mixer dans le récipient et hop, la trace a aussitôt apparu et j'ai obtenu quasiment tout de suite une matière beige et crémeuse plutôt appétissante. J'ai foncé
pour diluer le curcuma dans un peu de pâte, l'ai incorporé, j'ai enchaîné avec la macération parfumée, donné un coup de mixer et versé aussitôt dans les moules en silicone, que j'ai bien enveloppés
de plastique comme j'avais vu Michèle le faire.
Il me restait à ranger et à régler l'histoire des imperceptibles grains de soude. J'ai rincé à l'eau vinaigrée, essuyé avec du sopalin, re-rincé et ainsi de suite… vers deux heures du matin, j'ai
réalisé que si j'avais pensé à ôter mon masque de chirurgien, j'avais gardé celui de plongée… En passant près d'un miroir, j'ai découvert que j'avais une belle balafre rouge sur la joue… J'ai pris
peur, j'ai pensé à une marque de soude… puis malgré mon cerveau en apnée, j'ai jugé que c'était très improbable, vue l'armure que j'avais enfilée… En fait, le masque avait comprimé la peau du
visage que j'ai donc tartinée longuement d'hydrolat d'hélichryse et de macérat de lavande… Le temps que je finisse mon ménage et que j'inscrive la recette sur l'ordinateur, Il était trois heures du
matin… J'ai décidé de tenter de dormir non loin des savons… Vers cinq heures, toujours d'attaque, je n'ai pas résisté, et suis allée leur rendre une petite visite…
Je les ai démoulés hier soir; ils affichaient aujourd'hui (je les ai légèrement égalisés) une couleur "papier kraft " intéressante, et sentent bien l'ylang…
La formule du savon rose des
vents
*L'avant veille (au moins) mélanger à 20g de macérat vanille dans tournesol+AOX: 6g HE ylang, 3g HE curcuma frais, 1g HE poivre noir
*La veille: réduire 250g de vin blanc à 100g en incorporant à la fin une demi cuillérée à café de poudre de curcuma. Filtrer, mettre
en glaçons.
(un graffiti que je ne parviens pas à effacer… )
120g d'huile de coco indienne odorante (19,74%)
320g de beurre de karité brut sénégalais (52,63%)
168g d'huile d'olive bio (27,63%)
*Soude pour un surgraissage à 5-6%,
liquide= quantité de soude X2,8.
température lors du mélange: 40°C.
*A la trace : un quart de cuillérée à café de poudre de curcuma diluée dans un peu de pâte à savon
+mélange 20g de macérat de vanille + 10g d'huiles essentielles.
Liens:
*Après coup, j'ai découvert que Caudalie avait fait des savons au vin, (formule ici) … edta compris
* Curcuma: ici (en français) et bienfaits en cosmétique (en anglais): ici
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Tu l'as fait et bien fait.
Il est joli comme tout et semble si doux à la texture.
Je reviendrai relire les liens, les ingrédients, tout ...
L'amoureux est rentré faire une surprise et je me dois d'aller le rejoindre avant l'aube.
Je t'en félicite vraiment et imagine bien que tu es foutue pour l'abstinance expérimentale.
L'excitation reste toujours et on ne s'en lasse jamais. Je crois que toutes les savonnières le confirmeront.
Je t'adore et VA DORMIR.
Mille Bravos, Venezia pour ce premier savon, tu n'as pas fait le plus simple (du vin, mazette, j'espère qu'il sera apprécié !) pour un premier et d'après ce que je vois, il est réussi.
Bienvenue au club, une savonnière (drôle) de plus.
Et bien si ! Je suis contente d'avoir eu tord.
Reste que les savons, ce n'est pas du tout mon truc..et je ne suis même pas tentée
Mais félicitations. Et je note que dans cette 1ère fournée, il y a tjs cette poésie vénézienne. Le savon d'une voyageuse épicurienne. (le vin !!!)
Aller, rattrape ton sommeil en retard sacrée Princesse
P. (Amérique du Sud) et P. (Nord 77), c'est à vous maintenant!
Elles se reconnaitront.
Bises
J'ai trop ri en lisant ton récit.
Ton savon est bien "recherché" pour une première, c'est normal, tu nous as habituée à des recettes originales et "pas banales".... toujours égale à elle-même notre Venezia.
J'ai fait dernièrement un savon au curcuma (macération et huile essentielle que je venais de trouver, j'aime beaucoup l'odeur) malheureusement, j'ai ajouté de l'HE de basilic et cette dernière a complétement effacé celle de curcuma (je n'ai pas utilisé de vin... ).
En tous cas, félicitation pour cette première tonitruante !
Tu es foutue.....
j'ai ri, palpité, bref suis passée par monts et par vaux
tu es une "raconteuse" hors pair et ton savon pain dépice délicatement aviné , est à croquer et je peux en humer les effluves
J'aime aussi son élaboration ou chaque ingrédient est attaché à une pensée amicale
A bientôt Venezia
Mais je les trouve plus "roulantes" qu'avant et je suis donc plus prudente en pesant.
Tu me donnes envie d'essayer le vin. Comment font-ils pour avoir la couleur lie de vin du savon du lien? Un colorant synthétique certainement.
Je vais mener l'enquête.
Merci pour ce plaisir partagé!
A quoi seront les prochains?
Dommage qu'aucun petit lutin n'ai pris de photo de la princesse cosmo-plongeo-savonnière... Rassure toi, le coup des lunettes, ça m'arrive aussi presque à chaque fois, d'un seul coup, tu te demandes pourquoi tu as si chaud...lol
Vivement le rapport de fin de cure !
Merci pour ce fou-rire bienfaisant Venezia !
... et comme Hélène ... je ne suis pas prête à me jeter à l'eau pour manipuler cette soude ....
Félicitations pour cette première venezia, très beaux tes savons mais pour moi aussi hors de question comme Hélène et Pescalune d'utiliser de la soude...
J'ai trouvé chez VS cash&carry, de l'huile" d'illipa" à température ambiante avant hier liquide et ce jour comme un beurre, c'est une huile très verte...si tu en sais plus
elle n'est pas grasse du tout, très pénétrante et pas chère
serait ce le beurre d'illipe?
bon je vais à une soirée mondaine habillée d'un trait de kajal au beurre de ghee from mon quartier, quatre francs six sous
A bientôt Princesse
uniquement un trait de kajal pour t'habiller? Tu vas faire sensation…
Bravo !! Pour la formule où je reconnais bien ton goût pour l'aventure, pour le courage de t'être lancée toute seule, et pour le résultat qui m'a l'air fort 'appétissant'. Moi, je cherche désespérément de la soude dans ma campagne déserte depuis un mois, et je commence à me dire que je ne pourrai pas faire mon savon avant de partir... La formule est prête (merci Michèle...) mais es bulles roses attendront peut-être la rentrée, si ça continue comme ça !
La savonnière avoue avoir rajouté une pointe de couteau de colorant cosmétique ! ;)
Mlk...le beurre d'illipé est blanc, pas vert... Le mystère reste donc entier pour le moment.
Un trait de kajal comme tenue de soirée ? Tu fais pire...ou mieux...qu'une certaine qui utilisait une goutte de Chanel comme pyjama ! ;)
Je viens de l'essayer et j'adore. Il va monter de la cuisine à la salle de bains. Je réalise qu'il a juste un mois.
Joyeux moiniversaire savonesque Venezia!
Bravo!
Moi, pour ma première, j'ai carrément banni homme et enfants de la maison...