Jeudi 3 mai 2007
4
03
05
2007
18:44
-
Publié dans : green cosmétique
Depuis peu, j'ai en ma possession le tout récent Manuel pratique d'aromathérapie au
quotidien de Patrice de Bonneval et Franck Dubus, avec des illustrations de Gentiane Magnan (éditions Le Sureau).
Patrice de Bonneval a fondé L'école lyonnaise des plantes médicinales en 1983. Il est pharmacien et depuis une trentaine d'année poursuit sa route sur le chemin de
l'herboristerie (l'herboristerie Croix Rousse à Lyon, c'est lui, elle vient de changer de nom, semble-t-il). Franck Dubus, également pharmacien, enseigne à
l'école lyonnaise.
J'étais donc impatiente de découvrir ce livre.
Il compte 367 pages et renferme:
-le mode d'emploi des HE, très concis mais très réussi
-un formulaire de recettes pour les pathologies et bobos les plus courants, dont une petite section consacrée aux bébés et aux enfants.
-un choix de 52 (environ) huiles essentielles (HE) . Je dis "environ" car pour certaines variétés, il étudie ou se contente de passer vite sur certains chémotypes
-huit huiles végétales
-un chapitre sur les molécules végétales, fort intéressant même s'il est bref
-un chapitre consacré à la beauté au naturel avec des recettes
-une section brève mais intéressante pour l'olfactothérapie et les parfums
-une classification des plantes
-l'évocation de quelques produits finis singuliers (Baume de Sainte Rita, baume des Moines et autres curiosités)
Les rubriques (pas forcement longues… ) pour chaque huile essentielle:
-origine, historique, usage
-description
-obtention
-caractéristiques
-composition
-propriétés
-indications
-mode d'emploi (pas toujours présent, mais avec des conseils particulièrement judicieux pour les diverses précautions à prendre)
-observations
-attention (précautions)
-parfum et olfacthothérapie
-pour l'essentiel (bref résumé)
C'est clair et carré.
Le choix des huiles est classique (absence de la rose, du vetyver, du patchouli, des citronnelles, de l'épinette noire, par exemple), mais pas mal de chémotypes étudiés pour la lavande, le romarin
ou les menthes.
Le formulaire
est intéressant en ce sens qu'il ne reprend pas les mêmes formules- souvent citées- de Dominique Baudoux, ce qui ouvre de nouvelles possibilités, qu'il cite parfois les hydrosols, que les formules
sont simples (cinq HE maxi, souvent deux ou trois) et parfois brutes de brut, ce qui n'est pas un défaut à mes yeux… mais les auteurs n'y vont pas toujours avec légèreté. Pour les diffusions
atmosphériques, par exemple, c'est 30 mn d'affilée, ce qui me semble beaucoup quand même, surtout quand on ne vit pas dans un chateau de cent pièces… Les recettes comportent de temps en
temps des HE qui ne sont pas recensées dans les 52, ou des préparations non détaillées par ailleurs (macérat de camomille par exemple)… ce qui me ferait dire qu'il faut avoir déjà un peu
pratiqué pour en tirer le meilleur usage.
C'est un bon bouquin, d'autant plus si on le "croise" avec ceux qu'on possède déjà.
La surprise, c'est que dans la partie cosmétique, comportant quelques recettes assez simples pour les cheveux, le corps, le visage, etc. le livre ne donne que deux bases:
-le cérat de Galien, avec un bug puisque le borax est oublié dans les ingrédients de la formule alors qu'il apparaît dans la préparation (ce n'est pas ma formule préférée car ce n'est pas la plus
stable et je n'utilise pas de borax)
-et une trituration de karité pour élaborer des baumes, celle qui m'a intéressée.
Le livre avance, ce qui m'a étonnée, que le karité "est émulsifiant et donne à froid, des cremes et des laits faciles à réaliser". C'est le terme émulsifiant qui
m'intrigue car je l'ai vu très rarement associé au karité.
Trituration au karité, la formule de base de Bonneval et Dubus
2 cuillérées à soupe de karité
1 cuillérée à soupe d'huile végétale au miminum
1 cuillérée à soupe d'hydrolat au minimum
éventuellement: conservateur, huiles essentielles, etc
L'art consistant à intégrer petit à petit l'huile, puis l'hydrolat, au karité réduit en pommade. En rajoutant plus d'eau et d'huile, on devrait, parait-il, obtenir un lait… Je n'ai pas essayé.
Le texte évoque l'utilisation d'un mortier. J'en ai donc acheté un en porcelaine blanche (avec un fond "râpeux") et me suis lancée. Il n'a pas fallu me pousser: je rêvais depuis
longtemps de travailler au mortier, tant, dans mon imaginaire, il est associé aux fabrications un peu sorcières.
L'incorporation de l'huile au karité n'a pas posé problème. Celle de l'hydrolat m'a parue plus hasardeuse car il a eu tendance à gicler hors du bol. J'ai commencé à travailler au pilon, mais le
bruit de son frottement contre le fond du mortier m'a tant frisé les nerfs que j'ai fini à la spatule en silicone, ce qui donne, au final, une belle texture crémeuse (consistance crème au beurre).
Pour tester, j'ai préparé un baume anti mycose pour les ongles, avec les HE suggérées dans le formulaire (je ne désirais pas les utiliser pures, je crains la cannelle, très dermocaustique).
Baume pour les ongles anti mycose
30g karité
1 cuillérée à soupe d'huile de baobab (je l'ai choisie pour son pouvoir hydratant et sa légèreté)
1 cuillérée à soupe d'hydrolat sauge sclarée (anti-inflammatoire. L'He est anti- mycosique. On peut choisir d'autres hydrolats)
En gouttes, trois HE aux propriétés antifongiques:
20 g HE lavande vraie
2Og HE origan compact
10g HE cannelle feuilles
Edit: ces doses d'He sont très importantes car il s'agit de traiter une mycose et que le
baume est appliqué sur les ongles. En version pour le corps à pappliquer sur la peau, je compte au maximum 1 goutte d'HE (plutôt douce, jamais de cannelle donc) par ml de produit.
Edit 2: suite à une remarque judicieuse de Bluetansy disant qu'on ne peut appeler baume un mélange qui possède une phase aqueuse, je devrais donc
nommer cette mixture "trituration" comme le fait Bonneval, mais je trouve le mot très vilain. Mea culpa donc.
Néanmoins j'ai utilisé cette technique à froid pour des mélanges karité+huile (donc, un vrai baume) qui restent très souples.
Je fabrique en très petites quantités, transvase tout dans des mini-pots et conserve le reste au frais. Si on prévoit en grand (et avec pas mal d'hydrolat ou d'eau), rajouter de l'extrait de
pépins de pamplemousse (à raison de 10 gouttes pour 100g de produit) pour prolonger la conservation et utiliser une spatule propre pour prélever du produit.
Je n'ai pas mis de conservateur en raison des doses d'HE. Origan et cannelle étant tous deux dermocaustiques, intégrer les HE très doucement pour éviter les projections.
En manipulant ces HE, avoir toujours à proximité une huile végétale pour "rincer" la peau si besoin est.
Cette préparation à froid est respectueuse du karité. Enfantine à réaliser, elle peut donner un résultat très onctueux. Le baume est
moins lisse qu'avec les formulations à base d'huile de coco, mais il reste très souple.
Sans mortier, tu peux d'abord écraser le karité à la fourchette, puis le "battre" pour le rendre plus fluide. Je trouve qu'une maryse (la mienne est en silicone) est particulièrement efficace pour obtenir une belle consistance si on touille activement. Dis moi si tu te lances.
je pense que je vais tester ca de suite
super
- J'aime beaucoup "l'herboristerie" de Bonneval car il est clair, concis et permet de débrouissailler le terrain avant de pousser plus avant les recherches.
Si celui ci est de la même trempe, je vais craquer...
- Les pharmaciens ont tendance à avoir la main lourde en ce qui concerne les HE.
Je me souviens de tes remarques sur les % utilisés dans les diverses formules proposées sur les Plaisirs.
On raisonne souvent en "traitement d'attaque" puis en traitement de fond...
- Je ne dirai pas comme Bonneval que le karité est émulsifiant mais qu'il accepte une certaine quantité de phase aqueuse sans que les émulsions ne se cassent.
Des études ont été faites par rapport au beurre de cacao qui n'a pas les mêmes capacités.
Ce procédé ressemble à celui qui était en vigueur pour les pommades avec lanoline et vaseline car la lanoline accepte aussi beaucoup de phase aqueuse.
On triture l'eau dans le gras petit à petit et au mortier.
Cela marche pas mal mais c'est gras évidemment.
- L'idéal c'est d'avoir un mortier de volume bien plus grand que nécessaire pour pouvoir triturer "à l'aise" en ramenant régulièrement la crème des bords vers le centre à la maryse comme tu as fait.
Je te laisse imaginer le bruit d'une salle de TP avec 40 étudiants triturant dans leurs mortiers... mais ceux de labo sont parfaitement lisses. Ce qui n'empêche pas le bruit...
- Le cérat de Galien sans borax, j'en fais très rarement mais c'est utile quand tu veux une pommade.
Il faudrait que je mette la formule sur Potions un jour.
Mais la cire d'abeille doit être en feuille pour plus de légèreté.
Désolée d'avoir été si longue mais il ets inutile de te dire que tu m'as passionnée et que je vais très vite acheter ce livre.
Mais où vais-je tous les mettre?
Merci ma belle pour toutes ces infos que j'adore!
Ce livre a l'air bien intéressant.
Merci beaucoup Venezia!
Dommage que ce soit gras mais il doit bien y avoir une façon de faire des crèmes légères à froid, je ne désespère pas.... ;-)
Bravo pour ton blog
Je pense qu'on doit trouver le livre facilement, je l'ai aperçu à la Fn…
Bonjour, Merci beaucoup pour cette recette que j'ai testée tout de suite.N'ayant pas de mortier j'ai travaillé avec un gros verre gradué et une cuillère en métal et le résultat est tout à fait à mon goût; je pense essayer de faire le lait corporel aussi. J'ai employé hv jojoba et he lavande officinale pour ma fille et pour les parents hv macadamia et he encens et cyprès, hydrolat néroli pour les deux. Le mélange se tient et a l'air de plaire ! Bien sûr c'est gras, mais tous les produits que je fabrique à chaud le sont également !!!! (avez-vous un truc?)l'avantage est qu'il en faut très peu. Je suis preneuse d'autres recettes car je n'ai pas les moyens d'acheter les livres et je trouve ça plus sympa de les découvrir sur différents blogs avec les commentaires des testeuses. Merci pour ce blog éclectique et d'un esprit curieux et voyageur.
beurre de karité
beurre de mangue
huile de jojoba (1 cuillère à soupe)
hydrolat de carottes sauvages (1 bonne cuillère à soupe et demi)
maïzena
30 gouttes de vit E, 30 gouttes d'extrait de pépins de pamplemousse
10 gouttes HE de lavande vraie
10 gouttes HE de niaouli
10 gouttes HE de tea-tree
C'est ma première crème, elle est assez légère, il y a quelques minuscules points blancs qui fondent sur la peau mais c'est pas désagréable, j'ai connu des crèmes du commerce bien pires...
Merci Venezia, j'aime beaucoup le livre que j'ai connu grâce à toi
Je suppose que c'est une crème pour le corps car tes proportions d'HE sont très importantes. (surtout pour le tea tree).
Par ailleurs, 30 gouttes d'extrait de pépins de pamplemousse, et 30 gouttes de vit E, c'est beaucoup… mais peut être as-tu mis beaucoup de beurres de karité et de mangue?
Je reconnais que j'ai eu la main très lourde, je craignais que cela rancisse...
Je vais quand même faire attention aux proportions (je déteste ça ;-)) et utiliser cette crème en petites quantités de temps en temps...
Ca fait un moment que j'ai envie de me lancer dans les crèmes maisons mais chaque fois que je lis une recette, il me manque un ingrédient ....
Celle-ci à froid me semblait plus facile, à chaud je crains d'en mettre partout, de tout coller avec la cire d'abeille, je ne suis pas très douée en cuisine.... :-)
Alors j'ai testé la trituration de karité à froid, mais sans mortier, sans pilon, sans HV liquide et sans hydrolat... Mais qu'est-ce qui reste alors ?
En fait j'ai voulu mêler dans une même recette les différents ingrédients que j'utilise au cas par cas comme après-soleil, à savoir le karité (évidemment), le gel d'aloe vera et l'HE de tea tree.
J'ai mis à peu près moitié karité, moitié aloe (je parle de volumes) dans un bol, j'ai écrabouillé avec une grosse cuillère en plastique et sur la fin, j'ai incorporé l'HE. Verdict : ça se mélange super bien, ça ne se sépare pas (même une semaine après, pas de problème), ça conserve les propriétés des ingrédients et ça ne provoque pas ce côté granuleux que le karité développe quand on le chauffe pour faire un baume avec de la cire, puis qu'on le refroidit. Adopté !
Merci Venezia
Mais c'est vrai que le résultat est intéressant. Sans savoir ce que c'était, j'aurais appelé ça une pommade...
J'espère que mon nez abîmé va apprécier...
sinon, depuis que j'ai tenté la chantilly de karité, je trouve ça encore plus "aérien"que la trituration sauf que je n'ai pas encore tenté d'y incorporer une phase aqueuse (why not? ) et que c'est catastrophique pour le décor, car lje n'ai pas encore réussi à limiter les projections.
Venezia, tu dis que tu "laisse le reste (de ta préparation) au frais", cela signifie t'il que tu trimballes tes petits pots de 10ml avec toi? Et ça tient bien?
je ne fais plus ce genre de formule, par ailleurs très pratique car je préfère:
-soit faire un baume sans phase aqueuse que je ne conserve pas au frais
-soit , s'il y a une phase aqueuse, incorporer systématiquement un conservateur (et si j'en fais pas mal,- ce qui est rare car je préfère tout donner au fur et à mesure-, je conserve le surplus au frais). je conserve au géogard, sauf les cérats cremes qque je trouve bien stables et que je me contente de conserver à l'EPP (mais je n'en fait pas d'avance).